HR Hotel & Spa, Ile-de-ré

Stratégie tarifaire hôtelière : comment arrêter de sous-facturer ses chambres

Blog >

Categories:
agence marketing digitale

Introduction

Pendant longtemps, fixer ses tarifs revenait à sortir une grille Excel une fois par saison et à ne plus y toucher jusqu’à l’année suivante. Ce temps est révolu. Un événement local, une alerte météo, une place de dernière minute qui se libère chez un concurrent : tout cela peut faire bouger la demande en quelques heures.

8 minutes

Par Oman Lerin  Chef de Projet Hôtel chez Geek Tonic — agence web spécialisée hôtellerie et HPA.

A rentenir

  • La tarification hôtelière n’est plus une affaire de grille saisonnière figée : elle se pilote au jour le jour, en croisant demande locale, concurrence et canaux de distribution.
  • Les OTA prélèvent en moyenne 15 à 25 % de commission par réservation ; la réservation directe a elle aussi un coût (site, Ads, paiement), mais il reste généralement inférieur.
  • Une stratégie de prix efficace combine plusieurs leviers (dynamique, par segment, par durée de séjour) plutôt qu’une seule règle appliquée partout.
  • Plusieurs signaux simples permettent de repérer une sous-tarification : occupation atteinte trop tôt, dernières chambres vendues au même prix que les premières, absence de hausse lors des pics de demande.
  • En France, la loi garantit à l’hôtelier la liberté de proposer un tarif ou un avantage plus intéressant sur son site officiel que sur une OTA.

La qualité des chambres, la localisation et la réputation restent évidemment déterminantes. Mais à qualité et localisation comparables, les établissements qui optimisent le mieux leur chiffre d’affaires sont souvent ceux qui considèrent le prix comme un outil vivant, et non comme une donnée figée pour toute la saison.

Les facteurs à regarder avant de construire sa grille tarifaire

Avant même de parler de stratégie, il faut cartographier ce qui influence réellement votre marché :

  • La localisation : un hôtel de bord de mer, un établissement urbain ou une adresse proche d’un pôle d’affaires n’ont pas les mêmes cycles de demande.
  • La clientèle cible : voyageurs loisirs, clientèle affaires, groupes et séminaires ne réservent ni au même moment ni avec la même sensibilité au prix.
  • La concurrence directe : il ne s’agit pas de comparer son prix à celui de l’hôtel le plus proche sur la carte, mais à ceux qui captent réellement les mêmes recherches.
  • La taille de l’établissement : moins il y a de chambres, moins il y a de marge d’erreur sur chaque décision tarifaire.
  • Le mix de distribution : chaque canal a un coût différent. Une réservation via une OTA entraîne en moyenne 15 à 25 % de commission quand une réservation directe a un coût d’acquisition différent (SEO, Ads, CRM).

Comment savoir si vos chambres sont sous-facturées ?

Avant de parler de leviers, encore faut-il diagnostiquer le problème. Cinq signaux permettent de repérer une sous-tarification :

  1. L’hôtel atteint régulièrement un taux d’occupation élevé plusieurs semaines avant l’arrivée.
  2. Les dernières chambres disponibles se vendent au même prix que les premières réservées des mois plus tôt.
  3. Des concurrents comparables affichent des tarifs plus élevés sans perdre en visibilité ni en taux de remplissage.
  4. Le prix n’augmente pas lors des événements locaux ou des dates à forte demande.
  5. L’ADR (prix moyen) progresse moins vite que le taux d’occupation ou que le marché local.

Le signal le plus parlant reste souvent celui-ci : si votre hôtel est complet trop tôt et refuse ensuite des demandes, le prix était probablement trop bas. Être complet n’est pas toujours synonyme d’optimisation du revenu — cela peut aussi vouloir dire qu’on a vendu trop de chambres, trop tôt, pas assez cher.

Les leviers de tarification à connaître

Il n’existe pas une seule bonne stratégie : les établissements les plus performants combinent plusieurs approches selon la saison et le profil de clientèle.

Le pricing dynamique, la base du pilotage moderne

Le principe : le prix s’ajuste en continu selon la demande, l’occupation, le rythme de réservation et les événements du moment. C’est aujourd’hui la norme dans l’hôtellerie structurée. Un établissement qui garde une grille fixe toute l’année laisse mécaniquement de la marge sur la table lors des pics de demande, et perd des réservations lors des creux faute de réactivité.

Exemple pédagogique (à titre indicatif — pas une grille universelle) :

Fenêtre de réservationOccupation prévisionnelleTarif proposé
Plus de 30 jours avant l’arrivée25 %89 €
Entre 15 et 30 jours45 %99 €
Entre 7 et 14 jours65 %115 €
Moins de 7 jours80 %135 €
Forte demande / événement local90 %159 €

Le prix ne doit pas augmenter uniquement en fonction du remplissage : le rythme des réservations, les prévisions de demande, le jour de la semaine, les événements et le positionnement concurrentiel entrent aussi en jeu.

Le pricing par taux d’occupation

Plus l’hôtel se remplit, plus le prix des chambres restantes monte. C’est le levier le plus intuitif : la rareté crée de la valeur. Il suppose de suivre son taux d’occupation en temps réel plutôt qu’en fin de semaine, sans quoi l’ajustement arrive toujours trop tard.

Le pricing par durée de séjour

Un client qui réserve une nuit coûte plus cher à servir (nettoyage, check-in, check-out) qu’un client qui reste cinq nuits. Proposer un tarif dégressif sur les séjours longs peut améliorer la rentabilité nette, mais cette stratégie est surtout pertinente pendant les périodes de demande faible ou intermédiaire. En période de forte demande, un long séjour à tarif réduit peut au contraire bloquer une chambre sur des dates qui auraient pu être vendues plus cher à la nuitée — c’est ce qu’on appelle le coût de déplacement (displacement cost).

Le pricing par segment de clientèle

Un voyageur d’affaires qui réserve trois jours avant son arrivée n’a pas la même sensibilité au prix qu’un couple qui compare six offres deux mois à l’avance, ni qu’un groupe qui bloque vingt chambres pour un séminaire. Construire des grilles différenciées par segment (tarif corporate négocié, tarif early-booking loisirs, tarif groupe) permet de capter la valeur maximale de chacun, plutôt que d’appliquer un seul prix moyen à tout le monde.

Le pricing à valeur ajoutée

Plutôt que de baisser le prix pour rester compétitif, on augmente la valeur perçue : petit-déjeuner inclus, accès spa, parking offert, early check-in. Cette approche fonctionne particulièrement bien pour les établissements indépendants à forte identité, où l’expérience compte autant que le prix affiché.

Le pricing positionnel

Un établissement bien noté, avec une localisation rare ou une prestation différenciante, peut assumer un tarif supérieur à la moyenne du marché — à condition que ce positionnement soit honnête et documenté par les avis clients. C’est un levier souvent sous-exploité par les indépendants qui se comparent trop systématiquement à des concurrents génériques.

Le pricing non-remboursable

En échange d’un tarif réduit, le client s’engage sans possibilité d’annulation. Pour l’hôtel, c’est une sécurisation du chiffre d’affaires, particulièrement utile en haute saison où une annulation tardive peut vouloir dire une chambre vide.

Le pricing corporate et GDS

Les canaux corporate et les GDS peuvent apporter une demande plus régulière en semaine et améliorer la visibilité auprès des agences de voyages d’affaires. Leur rentabilité doit toutefois être évaluée en tenant compte des tarifs négociés, des frais de distribution et des conditions d’annulation propres à chaque contrat : ce n’est pas un canal uniformément plus rentable, cela dépend fortement des accords en place.

Le pricing par package

Chambre + spa, chambre + dîner, chambre + activité locale : le package déplace la comparaison du client, qui ne raisonne plus en prix de chambre nu mais en valeur d’expérience globale. C’est un des leviers les plus simples à activer pour un établissement indépendant.

Les indicateurs à suivre

Trois indicateurs reviennent systématiquement dans le pilotage tarifaire :

  • ADR (prix moyen) = chiffre d’affaires hébergement ÷ nombre de chambres vendues.
  • Taux d’occupation = chambres vendues ÷ chambres disponibles.
  • RevPAR = chiffre d’affaires hébergement ÷ chambres disponibles.

Un indicateur mérite une attention particulière : le Net RevPAR, qui déduit les commissions et coûts de distribution du RevPAR brut. Un hôtel peut afficher un bon RevPAR tout en perdant une part importante de sa marge à cause d’un mix de distribution trop dépendant des OTA. C’est souvent ce chiffre, plus que le RevPAR brut, qui révèle si une stratégie de prix est réellement rentable.

Cinq bonnes pratiques pour que la stratégie tienne dans la durée

  1. S’appuyer sur la donnée, pas sur l’intuition. Rythme de réservation, historique d’occupation, tendances de dernière minute : ces informations existent déjà dans votre PMS.
  2. Envisager un outil de revenue management adapté à sa taille. Il n’est pas nécessaire d’avoir un revenue manager à temps plein pour bénéficier d’une automatisation partielle des règles de prix (ex. : augmentation automatique au-delà d’un seuil d’occupation).
  3. Travailler la réservation directe, sans en sous-estimer le coût. Une réservation directe n’est pas gratuite : moteur de réservation, frais de paiement, campagnes Google Ads, production SEO, CRM et emailing ont un coût réel. Mais ce coût de distribution peut être sensiblement inférieur à celui d’une OTA lorsque le site convertit correctement et que les dépenses d’acquisition sont maîtrisées. En France, la loi est claire sur ce point : depuis 2015, l’hôtelier conserve la liberté de consentir au client tout rabais ou avantage tarifaire, toute clause contraire dans un contrat OTA étant réputée non écrite (article L311-5-1 du Code du tourisme). Concrètement, un hôtel peut proposer sur son site officiel un tarif ou un avantage — remise, petit-déjeuner inclus, conditions d’annulation plus souples, surclassement — plus intéressant que sur une OTA.
  4. Piloter activement le mix de distribution. Chaque canal a un coût, une politique d’annulation et un profil de clientèle différents. Une mise à jour manuelle des tarifs sur plusieurs plateformes est une source d’erreurs et d’écarts de parité qui finissent par coûter cher.
  5. Mesurer, ajuster, recommencer. RevPAR, Net RevPAR, ADR, taux d’occupation : ces indicateurs doivent être suivis en continu, pas seulement lors du bilan de fin de saison.

Tarification et distribution : deux leviers complémentaires

La stratégie tarifaire détermine le revenu potentiel de chaque chambre ; la stratégie de distribution détermine la part de ce revenu que l’hôtel conserve réellement. Un site officiel visible, rapide et équipé d’un moteur de réservation performant contribue donc à transformer une meilleure politique de prix en chiffre d’affaires direct — à condition d’être accompagné d’un vrai travail sur le référencement naturel et la visibilité dans les outils d’IA conversationnelle, pour capter la demande avant même qu’elle n’atterrisse sur une OTA.

Questions fréquentes

Faut-il choisir une seule stratégie de tarification ou en combiner plusieurs ?

Il est rare qu’une seule stratégie suffise. La plupart des établissements performants combinent un socle de pricing dynamique avec des ajustements par segment, par durée de séjour et par canal, selon la saison.

Le pricing dynamique est-il accessible aux petits établissements indépendants ?

Oui. Il n’est plus réservé aux grandes chaînes disposant d’un revenue manager dédié. Des règles simples (ajustement automatique au-delà d’un seuil d’occupation, par exemple) permettent déjà d’obtenir une partie des bénéfices, sans investissement lourd.

Baisser ses prix est-il toujours une bonne solution en basse saison ?

Non. Une remise mal ciblée habitue la clientèle à attendre les promotions et dégrade la valeur perçue à long terme. Une remise stratégique (tarif non-remboursable, offre de dernière minute limitée dans le temps) est plus efficace qu’une baisse généralisée.

Un hôtel français peut-il proposer un meilleur prix sur son site que sur les OTA ?

Oui. La loi française garantit à l’hôtelier la liberté de consentir tout rabais ou avantage tarifaire au client, y compris lorsque son contrat avec une OTA prévoit une clause de parité — cette clause est réputée non écrite sur ce point précis (article L311-5-1 du Code du tourisme).

Sources utiles

https://www.lhotellerie-restauration.fr/sos-experts/revenue-management-en-quoi-ca-consiste
https://www.siteminder.com/fr/r/revenue-management/
https://www.essca.eu/lp-fc-certificat-revenue-yield-manager-b2c/
https://em-lyon.com/fr/etudiant/guides/metiers/revenue-manager
https://www.esg-tourisme.com/actus/revenue-management


À lire également

Vous souhaitez
passer à la vitesse supérieure ?

N’hésitez pas à nous contacter

Geek Tonic Agence Web
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.